Le Verbe Créateur, quelle drôle de formulation ! Et la sémantique ?
« Le verbe créateur », expression du langage dit métaphorique, personnalisation du mot, rendre vivant et actif un « composant » qui ne l’est pas, générer en quelque sorte une sorte de dessin animé, transposer un concept, un code dans un mouvement imagé.

La sémantique, concerne l’étude du langage et des signes linguistiques, la façon que nous avons de mettre inconsciemment des « définitions vivantes » dans les mots, car l’apprentissage du langage s’accompagne du mouvement de la vie chargé d’émotions, de représentations, et des connexions s’établissent alors dans notre cerveau. Par extension, il y a la neuro-sémantique.

Ainsi, être conscient de notre langage, de notre code linguistique, du choix de nos mots,  des effets qu’ils produisent en nous et à l’extérieur de nous, va nous permettre de réguler notre équilibre intérieur tout en nous ouvrant une connaissance profonde de nous-mêmes pour communiquer autrement.

Bonjour, bon – jour , c’est un bon – jour !

Exemple simple de code linguistique à portée multiple.
Par conditionnement, le mot « bonjour » est enregistré comme une formule de politesse, une reconnaissance de l’autre, un signe d’entrée en communication avec l’autre.
Dans certaines traditions, chez les peuples dits de nature, ce  mot « bonjour » est exprimé sous la forme « je te vois« .

Le dictionnaire commun nous dit : bonjour = action de saluer quelqu’un.
Le dictionnaire dit « action de saluer », vous remarquerez qu’une telle définition ne nous renseigne pas sur ce qu’est le salut.
Qu’est-ce-que le « salut » ? Sommes-nous vraiment renseignés sur le sens profond du mot bonjour ?
Le sens du mot est redirigé sur le verbe, et le verbe est défini comme la parole, le langage, le mot qui désigne une action, il y a donc mouvement.

Nous pouvons d’ores et déjà observer que le besoin de sens nous amène à vivre dans le mouvement, un mouvement de recherche, une curiosité naturelle.
A nouveau je le répète, non non ! la curiosité n’est pas par définition un vilain défaut !

Êtes-vous curieux des mots, du sens des mots, de l’induction des mots, de la sémantique ?
Les mots pourraient-ils être les révélateurs des maux ?

Mais revenons à « bonjour » !
Dans le son du mot « bonjour », il y a « bon – jour », une interprétation nouvelle du mot premier, une façon inconsciente de signifier un mouvement d’énergie positive, agréable, un souhait aussi et/ou une induction, installer un espace de communication ouvert à l’échange.
Entendre le son du mot active une autre perception, le cerveau est mobilisé de façon consciente sur le mot, et le sens que nous donnons au mot, notre neuro – sémantique est active.

mécaniqueD’une façon assez générale, nous utilisons le langage comme un code mécanique, automatique, avec cette croyance, ce réflexe que l’autre comprend instantanément ce que nous voulons dire, ceci est le raccourci que fait notre cerveau.

Or, cet autre n’est pas dans notre tête, ni avec notre histoire, nos ressentis, nos mémoires, nos émotions, aussi perçoit-il autre chose.
Il définit sa propre réalité, et ce même si les codes linguistiques sont communs.

Là est toute la difficulté de la communication.
D’une certaine façon, nous sommes semblables à des étrangers qui tentons d’échanger sur une même longueur d’onde, persuadés que le code linguistique nous assure la pleine compréhension mutuelle et réciproque.
Pour mieux comprendre cet aspect, observons ce qui se passe lorsqu’une personne s’exprime dans une langue étrangère, un code inconnu de nous. L’effet est assez similaire.

Rien d’étonnant donc quant au fait que nous entrons souvent en conflits relationnels par la simple émission de nos pensées, de nos croyances personnelles et individuelles par le langage et les mots.

C’est là que la sémantique est pertinente. Que mettons-nous dans les mots ?
Quel sens donnons-nous à notre propres mots, avec quel ressenti ?
Sommes-nous conscients que ce phénomène signifie que nous avons chacun notre propre dictionnaire, notre langage vivant de nous, et un pouvoir de création induit de fait ?

Le « verbe créateur » ? Qui c’est celui-là ?
Que créons-nous via la parole, les propos, les avis sous forme de mots ?

Et bien, nous manifestons la façon dont nous concevons notre monde, nous exprimons notre réalité intérieure, et par conséquence, nous avons donc tous raison dans notre réalité, notre vérité individuelle. C’est comme si nous nous parlions à nous-mêmes par l’autre interposé, miroir.
Le conflit survient lorsqu’il y a volonté d’imposer à l’autre sa propre vision du monde.
Il y a alors rupture dans la gestion de l’espace commun, l’espace personnel devient plus important.
Cela induit une modification de l’écologie intérieure, voire une usurpation de pouvoir avec la volonté de dominer la vie de l’autre.

Nous nommons ce phénomène vécu en nous, en « intra », la dualité.
Pas besoin d’un interlocuteur extérieur pour se faire la guerre, le dialogue intérieur agit de la même façon, le conflit est ouvert et actif en soi, avec soi.

Lorsque j’écris, je manifeste ma perception du monde à partir de ce que je suis, ce que j’aime, ce que j’étudie.
Je partage ma réflexion, ma vision du monde, et je donne mes avis quant à ce que je crois être bénéfique pour apporter de la valeur d’humanité au monde global.
Pour ce faire, j’ai le choix entre plusieurs mode d’expression :
1) le langage sécurisé
2) le langage métaphorique
3) le langage impersonnel

Le langage sécurisé :

Cette forme de langage utilise le factuel des choses, des phrases courtes, et des expressions ne laissant aucun doute à ce qui est. Nous nommons cela « appeler un chat, un chat ».

Exemple :  Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour un autre article.

L’information passée est, sans aucun doute, ni interprétation possible : il y aura un autre article, (vous pouvez vous représenter la situation réelle), dans le temps c’est la semaine prochaine (vous avez une indication dans l’espace), et je vous laisse libre de vos actions (vous restez maître de vous, vous avez votre libre-arbitre).
Vous pouvez donc prévoir que la semaine prochaine, vous viendrez ou pas lire un nouvel article, comme vous pouvez ne rien décider sur l’instant.
Davantage de sécurisation de l’information serait de vous communiquer le jour, voire l’heure de publication de mon nouvel article.

Lorsque nous sommes pleinement conscients de notre façon de formuler les choses, notre sémantique est consciente,  le « risque » d’incompréhension et/ou d’interprétation est fortement réduit. Par le factuel, ce qui est, par la simplicité des mots, la représentation intérieure autre est minimisée. Quelle que soit mon histoire de vie et la vôtre, il y a création d’un espace commun et mutuellement compris.

Le langage métaphorique :

Cette forme de langage utilise la transposition de la pensée vers une image, un mouvement, une représentation personnelle, sensible.
Cette forme de langage est privilégié des poètes, des écrivains, et des « marketeurs » qui produisent, créent un ou des espaces nouveaux. Ainsi, lorsque nous lisons un livre, nous avons la liberté d’interpréter les mots. Plus l’expression est riche de renseignements, de couleurs, d’images, de transpositions, plus nous sommes en capacité de concevoir une sorte de film intérieur qui nous correspond.
En fonction de notre propre sémantique, nous allons interpréter les mots au delà de leur sens commun du dictionnaire, nous rendons les mots vivants.

Exemple : Dans un futur proche, là où la saveur de mes pensées se mêlent aux arômes de mes jardins intérieurs, vous découvrirez une nouvelle rivière, où vous aurez toute liberté d’emprunter le canoé de vos rêves.

Pour moi, je formule exactement la même chose, seulement voilà, vous n’êtes pas dans ma tête, et il vous est peut-être impossible de comprendre ce que je vous dis. Je vous parle de mon univers intérieur, de mon voyage dans le vivant des mots, de ma création à partir du verbe, de la parole qui a le pouvoir d’induire quelque chose, de matérialiser un décor nouveau pour vous.

Ce type de langage est largement utilisé en thérapie, avec l’effet de « déconnecter » temporairement le sujet de son conflit, voire de sa souffrance, dans lequel il est enfermé, et de produire un effet bénéfique, libérateur, guérisseur, constructeur.

En pratique d’hypnose Ericksonienne, produire ce langage est un art, qui comme tout art demande un apprentissage préalable, et une pratique assidue.
Milton Erickson nous a ouvert une autre forme du chamanisme en créant le voyage par les mots.

Alors que le Chaman agit comme médiateur entre les humains et les Esprits de la Nature, pour produire une action dans l’énergie, dans l’invisible, le thérapeute agit comme médiateur entre la pensée figée, rationnelle, réductrice d’espace et l’infini des possibles autres, l’ouverture d’un nouvel espace pour sortir du piège et de l’inhibition de l’action.
Le verbe est créateur, et la parole agit alors comme un baume guérisseur, il se passe quelque chose dans l’énergie, il y a transposition, il se produit d’autres connexions dans le cerveau.

Chacun de nous pratique cela de façon naturelle. Lorsque nous voulons nous faire comprendre, nous avons cette attitude à transposer le message vers une représentation en mouvement connue, nous créons une équivalence, logique pour nous.
Accéder à nos représentations intérieures, nos images, nos « films » vivants, nous permet de développer notre clairvoyance, et d’agir en éclaireur, en éveilleur, voire en guérisseur envers soi, et/ou l’autre.

« Dis simplement une parole et je serai guéri (e) ! », message biblique, les mots pour les maux.

Avez-vous remarqué que certaines personnes ont ce « pouvoir » d’apaiser, de rassurer, de fluidifier, de conforter, de consoler par la voix et la parole ?
Cette énergie qui vient du cœur, de la présence, de l’empathie, de la bienveillance agit par le verbe, la parole créatrice d’un espace de bien-être, de respect, de partage. L’intention est éthique, et bénéfique de part et d’autre.

ATTENTION cependant, ce type de langage peut également très vite se transformer en outil de manipulation, voire d’abus de confiance.
Quitter le factuel des choses, pour éviter la confrontation, saturer l’autre avec des mots, des images, revient à prendre le pouvoir sur l’autre.
La saveur sucrée apparente des mots cache une intention autre, et peut s’avérer être un poison toxique, la séduction en est un bel exemple.
Flatter l’autre, lui dire ce qu’il ou elle a envie d’entendre, anticiper le désir de l’autre, faire croire à l’autre, tout cela crée un piège, un espace autre sans avenir, juste un rêve du moment sans lendemain, le temps de satisfaire un désir personnel, voire égoïste.
Là encore, c’est l’intention personnelle qui fait la différence, et cette intention peut être déguisée, maquillée.

Que nous soyons en échange avec l’autre, à l’extérieur de nous, ou en plein dialogue intérieur, l’effet est le même, nos mots sont créateurs.
D’où l’importance de la sémantique, de la neuro-sémantique, savoir en conscience ce que nous mettons dans les mots, ce que nous créons à partir du verbe, et vivre conscients des effets de cette création dans l’énergie, création invisible tant et aussi longtemps que nous restons enfermés dans l’automatisme de la pensée.

Vous connaissez peut-être ce slogan vendeur d’un magazine qui disait : « Le poids des mots, le choc des photos »
En sémantique, le message transmis est : les mots sont compacts, ils ont une masse, ils peuvent peser lourd et affaiblir, les images induisent un choc, elles peuvent avoir des répercussions inattendues, anxiogènes, traumatisantes avec des conséquences invisibles sur l’instant.
Bien sûr, c’est ma façon de recevoir ce slogan dont je vous fais part.
Votre interprétation peut être totalement différente de la mienne. Faites le test !

Le langage impersonnel :

Plusieurs axes à ce type de langage.
Impersonnel signifie que personne en particulier n’est présent, ce langage procède par flou, par non définition du factuel des choses.
La formulation la plus courante procède par le « on », indéfini, non représenté de source sûre.

Exemple : Il y aura un prochain article, donc on fait comme on a dit, mais on ne dit pas comment on a fait !

Qui parle, qui agit, quel est l’enjeu, quel est le message, qu’induit-il ?
Ce mode de langage conduit à une désolidarisation, une façon de ne pas s’impliquer, une façon de fuir sa propre responsabilité, voire de perdre l’autre en chemin avec l’intention possible de vouloir le contrôler en arrière plan.

L’espace des possibles est si vaste, la probabilité des interprétations est si importante, que rien de précis n’est dit officiellement. Le langage prend alors l’allure d’un piège, peut-être toxique à terme, et les mots peuvent très vite devenir des armes à destruction massive.
Nous avons besoin de repères pour nous orienter dans l’espace de notre vie, aussi les supprimer revient à nous priver de notre boussole intérieure.

Je vous suggère d’écouter attentivement les discours de chacun, de chacune, ici et là, pour vous entraîner à découvrir la sémantique.

Autre formule courante dans ce type de langage, les injonctions : « Il faut », « Il n’y a qu’à », le fameux oiseau « YAKA-FAUCON « ! les mots
Là encore, l’espace d’actions reste non défini, non conscient, il n’y a pas de pilote à bord, ni de tableau de suivi, comme si le vivant était réduit à une sorte de robot imaginaire à programmer pour obéissance immédiate ou future.
Nos conditionnements éducatifs sont tellement puissants, que nous avons perdu de vue notre présence, notre vivant, notre pouvoir de créer consciemment, comme une main invisible plaquée pour nous faire taire, et faire taire ce qui pourtant a besoin d’être libéré.

Heureusement, cet égarement est temporaire, et dès l’instant où nous choisissons de rétablir le courant avec nous-mêmes et que nous agissons proactifs, nous redevenons maîtres de nos mots, de notre parole, et de notre chemin de vie.

Autre formule encore, se servir du savoir des autres, utiliser les référentiels qui font foi et loi, une façon de s’affubler de carapaces étanches en s’appropriant les fameuses « vérités vraies absolues », sans pour autant y avoir réfléchi par soi-même, sans pour autant avoir utiliser son propre discernement.
La sémantique personnelle n’est plus engagée, le pouvoir de la suprématie du savoir est utilisé pour dominer l’espace, pour avoir formellement raison, par personne « virtuelle » influente interposée.

La science est un bel exemple de cette forme de suprématie. Nous acceptons passivement l’induction du vrai, véritable que nous interprétons.
La philosophie est un autre exemple, et dès l’instant que « Machin » a dit, alors forcément, il n’y a pas à tergiverser, le poids des mots agit comme un gourdin qui assomme.

Avez-vous remarqué cette formulation courante de type : « grand professeur », « grand être », « grand philosophe », « grand Maître », « grand ceci, grand ceci, et jamais de petit ceci, petit cela !

Là encore, la sémantique agit, elle induit une déformation de la perception et un recadrage conscient est nécessaire pour rétablir l’équilibre.

Il y a aussi les grands arbres, qui ont d’abord été des petits arbres, simple mouvement de la croissance, tout autant qu’il y a les petits ruisseaux qui font les grandes rivières.
Et puis il y a aussi « la folie des grandeurs », film inoubliable avec Louis de Funès, petit dans la taille et grand dans le talent !

Avez-vous remarqué que je viens d’induire un déplacement dans l’espace ?
Je joue avec les mots, et les images des mots.
Mon intention est bienveillante, et mon engagement pour apporter ma valeur d’être au monde est sincère et authentique.
C’est mon choix conscient de vie et d’être.
Je partage avec vous ma réflexion personnelle, et j’induis le mouvement de la curiosité, de l’apprentissage.

Autant j’aime la réflexion, le discernement qui permet d’ouvrir sur de nouveaux espaces, et générer de nouvelles voies possibles, autant l’utilisation du pouvoir fallacieux du verbe m’est désagréable, car cette action réduit considérablement l’espace, elle inhibe le mouvement, saccage les richesses personnelles, et elle peut même induire le renoncement, la résignation, et la mort dans l’être.
Donc, soyons avertis et vigilants !

J’aime les mots, j’aime le verbe créateur, j’aime écrire et créer des espaces nouveaux.
J’espère que mon invitation au voyage dans l’univers de la sémantique vous a plu (métaphore).

La thérapeute en moi pratique le langage métaphorique, et le coach en moi pratique le langage factuel.
Dans une séance d’accompagnement, et/ou un processus de coaching, j’unis ces différents modes de langage.
Le langage impersonnel me permet de créer des mini-scénarios qui vont agir comme le langage métaphorique en passant par le factuel des choses.

Le verbe est donc pour moi un art, et particulièrement l’art de vivre dans la beauté des choses, et l’intelligence de la vie.
Certes, il y a aussi la laideur des choses.
Elle est subjective, et j’ai le libre choix de créer autre chose, de transformer cette matière vivante pour redonner de la beauté aux choses.

La sémantique est un pareil à un jeu subtil, un jeu d’intelligence avec soi, un jeu qui peut être à effet de bienveillance envers soi et l’autre.
Que diriez-vous de devenir des acteurs conscients du grand film personnel de votre vie ?

Et vous ?
Comment vivez-vous vos mots, votre verbe créateur, votre parole qui guérit, qui crée, qui innove, qui construit, qui console, qui transforme, qui induit, qui suggère, et vous projette dans un espace nouveau ?

Besoin d’un espace de rencontre avec votre sémantique ?
Je co-crée avec vous…
Parole de Coach !

 

 

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